Le destin d’un poussin


Poème rédigé en avril 2011

«  Laissez moi sortir d’ici ! »
Tels furent les premiers mots
Résonnant dans ma coquille
Qui subissait mes sursauts

Petit zouave que j’étais
Je ne pouvais m’empêcher
De casser les murs épais
Dans un vœu de liberté

Quand je vis de la lumière
A travers quelques fissures
De la coque nourricière
Je partis à l’aventure

Mais mon sang ne fit qu’un tour
Car, foi de conquistador
J’aperçus un gros vautour
Dans un bien triste décor

Il venait prendre une caisse
Où moi et mes semblables
On goûtait à la tristesse
On était inconsolable.

Pas le temps de déplorer
L’absence de ma maman
Qu’arriva un autre ouvrier
Vêtu d’une blouse blanche

Qui pris d’un air assassin
Me sortit de cette caisse
M’emprisonna dans ses mains
Bafouant mon cri de détresse

Je fus lancé tel une balle
Sur un long tapis roulant
Avec plein de camarades
Certains tués dans peu de temps

Les gens faisaient le sexage
Comparant quelques plumes
Puis lançaient vers le broyage
Des compagnons d’infortune

Je continuais le voyage
A la queue d’autres femelles
Pour subir le débecquage
Une pratique cruelle

« Laissez moi m’enfuir d’ici ! »
Mots transformés en sanglots
Suite à mon bec raccourci
Par une lame pour bourreau

Un vaccin vaporisé
Avant d’être acheminée
Dans un élevage fermé
Tout le reste de l’année

Pourtant ma destinée prit
Une nouvelle tournure
Quand un rebord du tapis
M’éjecta sur le sol dur

Je vis au loin une porte
Qui s’ouvrait sur l’extérieur
C’était une chance en or
Pour échapper au malheur

Passant sous les machines
Je cours vers la liberté
A travers toute l’usine
Cachée et non signalée

Quelqu’un coinça l’ouverture
Avec un morceau de bois
Apportant  fournitures
En faisant plusieurs convois

Je me glissai donc dehors
Courant à vive allure
Quittant ce bien triste sort
Et cette salle obscure

Longeant une large route
Je me retrouve soudain
Face à un très gros matou
Qui a l’air d’avoir très faim

Je tente de traverser
Entre les automobiles
Pour échapper au danger
Mais ce fut bien difficile

Beaucoup de circulation
Sur la deuxième voie
Arrêta ma brave action
J’étais dans le désarroi

Puis soudain une voiture
Freina assez brusquement
Juste devant ma carrure
Évitant un accident

Une personne sortit
Au visage bienveillant
Qui se baissa et me prit
Puis partit rapidement

Et depuis ce fameux jour,
Je fus nourri et logé
Recevant tout plein d’amour
De l’âme qui m’a sauvé

Mais je repense souvent
A mes amis poussinets
Au lourd destin angoissant
Qu’ils rêveraient de quitter

Anonyme

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